Transmission

On est la somme de nos expériences passées. Personne ne peut se targuer de savoir un truc ex nihilo, ou alors faut être un sacré trou du cul. C’est valable pour tout : l’enseignement, évidemment, nous permet d’acquérir un bagage intellectuel et culturel ; mais notre façon d’être dans le monde est aussi conditionné par ce qu’on nous a dit, ce qu’il se passe, les personnes que l’on a rencontré. Par exemple : la cuisine. Personne n’est né avec un couteau à la main, capable de préparer une omelette ou quoi. C’est pour ça que le cuisine shaming est une pratique à la con, sauf si ça concerne ce sac à merde de Ian Miles Cheong (et associés).

Me concernant, j’ai eu la chance de grandir dans une maison où mes parents s’efforçaient de préparer à mongey quotidiennement après leur journée de taf, plutôt que de faire réchauffer des trucs tout prêt ou d’aller au restaurant. C’est comme ça que j’ai appris à faire la quiche lorraine. J’ai le souvenir d’avoir préparer ma première tarte (aux mûres) avec un de mes oncles, un été. Tous ces petits trucs m’ont formé à la cuisine. Et puis il y a ma grand-mère, Suzanne.

Elle est décédée il y a quelques semaines maintenant. Le médecin dit que c’est mieux comme ça. L’historien dit qu’aucun humain n’est immortel. Le religieux dit qu’elle est dans un meilleur endroit. Le philosophe dit que l’existence est quelque chose d’incompréhensible. Le petit-fils ne dit rien. Il pleure alors que quelques minutes auparavant il sautait comme un fou devant LCD Soundsystem. Il est désemparé parce qu’il doit écrire un message d’adieu. Il est confus parce qu’il doit porter une croix lors de la procession à l’église alors qu’il n’est même pas baptisé. Et, une fois le deuil fait, il se souvient de la cuisine de sa grand-mère. Et il va repasser à la première personne.

De fait, je n’ai pas formellement appris à cuisiner avec ma grand-mère. Comme dit au début du post, c’est l’observation du travail de ma mère et dans une moindre mesure de mon oncle qui m’ont intéressé à la cuisine. Cependant, dire qu’elle n’est pour rien dans mon intérêt pour les choses de la bouche serait également faux. D’elle, j’ai de merveilleux souvenirs de préfou, mogettes, île flottante, couscous (toute vendéenne qu’elle fut, elle préparait un merveilleux couscous), glace à la fraise ou encore fondue bourguignonne (le repas annuel de Noël – qui avec le temps se décalait plutôt en février ou en mars). Alors pour que vous découvriez un peu qui elle était – et pour entretenir sa mémoire différemment qu’en fleurissant sa tombe – voici sa recette de mogettes. La mogette, c’est le nom que l’on donne au haricot blanc qui pousse en Vendée. Et qui d’autre que Didier Barbelivien a mieux célébré ce département en chanson ? Hein ? Quoi ? MC Circulaire ? Connais pas.

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